Planter, c’est aussi choisir d’inviter la couleur à la maison, de faire entrer le jardin jusque dans le salon. Les fleurs, une fois coupées, ne s’arrêtent pas à l’extérieur : elles métamorphosent nos intérieurs, s’imposent dans les vases, rafraîchissent l’atmosphère. Encore faut-il sélectionner les bonnes variétés, celles qui tiennent la distance et qui, une fois coupées, gardent toute leur superbe.
Pas question de miser sur n’importe quelle plante. Pour créer des bouquets qui tiennent vraiment, il faut s’orienter vers des espèces à tiges longues et robustes, capables de résister à la coupe, de se tenir droites dans l’eau, et de conserver leurs couleurs plusieurs jours durant.
Voici dix candidates incontournables pour composer des bouquets qui font parler le jardin jusque dans la maison.
Hortensia
L’hortensia s’impose comme une valeur sûre. Ses têtes fleuries, qu’elles soient sphériques, plates ou coniques, offrent une palette du blanc au bleu, en passant par le rose, le lavande et le vert. Les tiges épaisses de cet arbuste supportent sans broncher le poids de fleurs imposantes, qui gardent leur éclat aussi bien en bouquet frais qu’en version séchée. Impossible de passer à côté pour des compositions généreuses, en solo ou mêlées à d’autres variétés.
Pour en profiter pleinement, plantez l’hortensia dans un sol frais et bien drainé. Selon la variété, privilégiez une exposition semi-ombragée ou lumineuse, et sachez que certains pieds peuvent atteindre 1,8 mètre dans chaque direction. L’apport de matière organique ou de terre de bruyère favorise la floraison, notamment pour les hortensias bleus, sensibles à l’acidité du sol. Les fleurs roses, elles, préfèrent un terrain plutôt neutre ou légèrement alcalin (un apport de chaux tous les deux à trois ans fait l’affaire). En pot ou en pleine terre, l’hortensia se multiplie facilement par bouturage.
Hydrangea en bouquet Vmiramintes-Flickr (Creative Commons) Arum, Zantedeschia
L’arum, ou Zantedeschia, offre des tiges droites et élégantes, chacune coiffée d’une inflorescence : une spathe blanche ou colorée, entourant un spadice jaune. Ces fleurs s’adaptent aussi bien aux grands vases effilés qu’aux compositions modernes disposées dans des bols en verre. Elles tiennent remarquablement bien et permettent toutes les fantaisies, que l’on joue sur la couleur des cailloux ou l’ajout de mousse.
Le choix de couleurs est vaste, des blancs classiques aux verts, jaunes, oranges, rouges, bordeaux, violets profonds ou presque noirs. Les spathes varient en taille et en forme, tandis que le feuillage se prête aussi aux compositions. L’arum se cultive volontiers à l’intérieur, en véranda ou en serre fraîche, mais s’adapte aussi au jardin dès que les risques de gel sont écartés. Il apprécie les sols riches, humides mais drainants, et une exposition lumineuse. Pour précipiter la floraison, on peut démarrer les rhizomes en pot dès décembre, puis les sortir au printemps. Après la saison, les pieds se conservent protégés dans un endroit frais et sombre, recouverts de tourbe. La multiplication se fait par division.
La variété la plus connue, Zantedeschia aethiopica, résiste bien au froid.
Arum en vase Jardinome-Flickr (Creative Commons) Oeillet, Dianthus
Pour composer un bouquet parfumé, impossible de faire l’impasse sur les œillets. Parmi les plus adaptés : les œillets floristes (Dianthus caryophyllus), les œillets mignardises (Dianthus plumarius) et les œillets de poète (Dianthus barbatus), tous vivaces.
Leur feuillage bleu-argent met en valeur de petites fleurs, parfois doubles, à la senteur délicate. La gamme de couleurs va du blanc et crème au vert citron, du rose pâle au fuchsia, du rouge au violet foncé, en passant par le jaune ou l’orange. Certaines variétés arborent des pétales marginés de nuances vives ou de blanc.
Pour les voir s’épanouir, misez sur un sol frais mais drainant, et une exposition ensoleillée. Coupez régulièrement les fleurs fanées pour favoriser la remontée florale, du début à la fin de l’été. Le bouturage assure la multiplication. Quelques variétés à retenir pour les bouquets : ‘Purple Bouquet’, ‘Melody Pink’, la série Green Trick (notamment ‘Temarisou’) et Sweet Mix.
Bouquet de clou de girofle Ben K Adams Trockr (Creative Commons) Verge d’or, Solidago ‘Goldenmosa’
La verge d’or ‘Goldenmosa’, vivace robuste, forme de longues panicules de petites fleurs jaune pâle du milieu de l’été à l’automne. C’est une plante idéale pour donner du volume aux bouquets et accompagner d’autres fleurs estivales, en particulier en fin de saison. Sa tenue en vase est irréprochable.
Elle apprécie les terrains bien drainés et le plein soleil, et atteint entre 50 cm et 1 mètre de hauteur. La division des touffes se fait à l’automne. Son caractère rustique et son port harmonieux en font un choix judicieux pour les massifs à couper.
Verge d’or dans un vase Storebukkebruse-Flickr (Creative Commons) Chrysanthème semi-vivace précoce, Chrysanthème
Le chrysanthème précoce, capable de résister à -5°C, offre des fleurs pompon, semi-doubles ou simples, portées par des tiges solides. Leur floraison s’étale du milieu de l’été jusqu’à l’automne, et certains bouquets tiennent sans faiblir pendant trois semaines ! Les couleurs sont innombrables : blanc, crème, vert, jaune, orange, rouge, violet, rose…
Pour profiter de cette floraison, plantez les jeunes sujets après les dernières gelées. Les plants matures peuvent rester dehors, protégés par un paillage, mais dans les régions froides, mieux vaut les hiverner à l’abri pour obtenir de beaux rejets. Les variétés compactes mesurent environ 30 centimètres, tandis que les plus hautes nécessitent un tuteurage. Certaines variétés se plaisent en serre ou dans une véranda et fleurissent plus tôt.

Vase simple Chrysanthème Daftgirl-Flickr (Creative Commons) Gladieul, Gladieul
Le glaïeul, vivace à corme, se décline en une multitude d’hybrides, du grandiflorus aux tiges de 1,5 mètre jusqu’aux variétés naines comme le nanus. Les hampes florales, épaisses et dressées, sont idéales pour les grandes compositions. Un bouquet de glaïeuls tient facilement douze jours en vase, avec des fleurs blanches, jaunes, orange, saumon, roses, fuchsia, violettes ou bordeaux. Les variétés multicolores ne manquent pas.
Pour réussir leur culture, plantez les bulbes au printemps, une fois le froid passé, et échelonnez les plantations pour étendre la floraison. Le glaïeul aime les sols riches, bien drainés, et une exposition lumineuse. Dans les régions douces, il peut hiverner en pleine terre sous paillage ; ailleurs, on retire les bulbes avant les gelées pour les stocker à l’abri. La multiplication se fait par prélèvement des bulbilles.
Gladiolus communis subsp. Byzantinus se distingue par sa rusticité. Parmi les incontournables pour bouquets, on trouve ‘Zorro’, ‘Purple Flora’, ‘Arabian Night’, ‘Green Star’, ‘Violetta’, ‘Tarte aux prunes’, ‘Antica’ ou ‘Nouvelles redevances’. Pour une touche originale, ‘Byzantinus’ apporte des fleurs magenta sur des tiges de 30 cm, mais sa tenue en vase reste plus brève.
Gladieul en bouquet Vadim Piottukh-Flickr (Creative Commons) Coing du Japon, Chaenomeles
Le cognassier du Japon, arbuste épineux, attire tous les regards en fin d’hiver ou tout début de printemps, lorsque ses fleurs éclosent directement sur le bois nu. Les tiges, solides, sont parfaites pour de grands bouquets. Les fleurs, proches de celles du pommier, varient du blanc au rose, de l’écarlate à l’orange, parfois pourprées, toujours rehaussées d’étamines jaunes. Pour profiter longtemps de leur éclat, coupez les branches quand les boutons sont à moitié ouverts.
Le chaenomeles tolère des expositions variées et s’adapte à de nombreux types de sol. Selon la variété, il prend une forme étalée ou arrondie, jusqu’à 2,5 mètres de haut et de large. Il résiste bien au froid, et un léger élagage en fin d’été favorise la floraison l’année suivante.
Coing japonais (chaenomeles) dans un vase Jacki Dee-Flickr (Creative Commons) Sarcococca confus
Le sarcococca confusa prend la forme d’un buisson persistant, couvert de petites feuilles ovales vert clair. En hiver, il se pare de grappes de fleurs blanches tubulaires, très parfumées, suivies de baies noires. Les tiges robustes s’incorporent facilement aux compositions florales, et son feuillage, souple et durable, s’associe à merveille avec d’autres fleurs hivernales. L’odeur de vanille de la plante apporte une note inimitable, même si les fleurs coupées ne durent que quelques jours.
À maturité, le sarcococca atteint 2 mètres en tous sens. Il aime les sols frais, drainés, et préfère la mi-ombre (les feuilles jaunissent sous un soleil direct). La multiplication se fait par semis ou marcottage.
Sarcococca confond Tony Rod-Tillckr (Créatif Communes) Lilas, Syringa vulgaris
Le lilas, grand classique des jardins, séduit autant par ses grappes parfumées que par sa palette de couleurs : blanc, rose, bleu, violet… Même si les fleurs tiennent peu en vase, leur parfum compense largement cette brièveté. Pour profiter pleinement de leur fraîcheur, coupez les panicules lorsque les premiers boutons s’ouvrent, retirez les feuilles, puis laissez les tiges tremper dans l’eau froide durant 24 heures avant de composer le bouquet.
Un pied de lilas peut devenir imposant : jusqu’à 6 mètres s’il n’est pas taillé. Pour stimuler la floraison, une taille sévère après la floraison s’impose de temps en temps ; sinon, il suffit d’enlever les fleurs fanées. Le lilas aime les sols bien drainés, un peu frais, et le plein soleil. Il se multiplie par semis ou bouturage. À noter : ‘Madame Lemoine’ est une variété blanche très parfumée au port plus compact.
Lilas en bouquet Jacki Dee-Flickr (Creative Commons) Buenos Aires Verveine, Verveine Bonariensis
La verveine de Buenos Aires, vivace non rustique, développe de longues tiges ramifiées qui portent des nuées de petites fleurs lavande à violettes. Cette plante structure les bouquets d’été, que l’on marie sans effort avec des rudbeckias jaunes, des échinacées ou du statice. Sa tenue en vase atteint une semaine.
Elle pousse sans difficulté en sol drainé, sous le plein soleil, et peut dépasser 2 mètres, fleurs comprises. Même si sa durée de vie au jardin est courte, elle se ressème spontanément et s’intègre parfaitement dans les bordures fleuries. On la multiplie par semis ou division.
Buenos Aires Verveine Tobyotter-Flickr (Creative Commons) Bonus : Feuilles et Remplissage
Un bouquet réussi ne tient pas qu’aux fleurs. Le feuillage et les plantes dites « de remplissage » jouent un rôle clé pour accompagner, structurer et mettre en valeur les tiges principales. Voici quelques options incontournables :
- Eucalyptus gunnii : Les jeunes feuilles, argentées et rondes, sont très recherchées pour leur parfum et leur aspect décoratif. Cet arbre persistant mérite une taille régulière pour stimuler l’émission de nouvelles pousses propices à la coupe.
- Palmiers (Trachycarpus fortunei, Chamaerops humilis, Cycas…) : Leurs feuilles apportent une touche exotique, cachent les tiges dans le vase et donnent du relief aux bouquets tropicaux.
- Gypsophile : Cette plante apporte une légèreté aérienne avec ses nuages de petites fleurs blanches ou bleu pâle. Elle se travaille facilement et tient longtemps en vase, en plus d’être simple à cultiver.
- Statice (Limonium) : Plante annuelle facile à semer, elle produit des fleurs qui se prêtent aussi bien aux bouquets frais qu’aux compositions sèches. On en trouve du blanc, bleu, magenta ou rose pâle.
- Hypericum (millepertuis) : Son intérêt réside dans ses baies décoratives, jaunes, rouges, vertes, oranges ou noires, idéales pour enrichir les bouquets d’automne ou d’hiver.
- Houx (Ilex) : Les variétés à feuillage panaché ou doré et à baies rouges ou orange trouvent leur place dans les arrangements hivernaux ou pour Noël. Les types sans épines sont appréciés pour leur facilité de manipulation.
- Phormium (lin de Nouvelle-Zélande) : Ses longues feuilles rubanées s’intègrent dans les bouquets ou servent à masquer les tiges dans un vase, disponibles en vert, panaché, rose ou jaune.
- Pittosporum : Arbuste persistant au feuillage brillant, qui se décline en vert, panaché, rose ou violet selon les variétés. Les petites fleurs blanches, parfois parfumées, ajoutent une touche discrète.
- Myrte (Myrtus communis) : Son feuillage ovale et coriace encadre de petites fleurs blanches en étoile, délicatement parfumées.
- Corylus avellana ‘Contorta’ (noisetier tortueux) : Ses branches tortillées, souvent ornées de chatons, sont très appréciées pour composer des bouquets graphiques ou des décors durables.


Et vous, laissez-vous entrer le jardin dans la maison à travers vos propres bouquets ? Rachel Ford James-Flickr (Creative Commons)












